Marianne, boulangère à Fribourg : « Ma baguette, je la fais pour les deux pays »
Marianne Roussel a quitté Bordeaux en 2011 pour ouvrir sa boulangerie française en Wiehre. Treize ans plus tard, elle vend 400 baguettes par jour. Portrait d'une artisane qui fait passer la frontière par le pain.
À 5h du matin, Marianne Roussel est déjà dans son fournil de la Günterstalstraße, en Wiehre. Le pétrin tourne depuis quarante minutes. Dehors, Fribourg dort encore. « C'est mon moment préféré, dit-elle en saupoudrant de farine une cuvée de pâte. On entend juste la machine et mes pensées. »
De Bordeaux à Fribourg
Marianne a 46 ans. Née dans le Bordelais, elle a appris le métier avec son père, boulanger à Mérignac. « Mon père faisait deux choses : le pain et les gâteaux d'anniversaire. Moi, j'ai gardé le pain. »
En 2010, elle rencontre Stefan, ingénieur en énergie solaire fribourgeois, lors d'un congrès à La Rochelle. Six mois plus tard, elle déménage à Fribourg. En 2011, elle ouvre sa boulangerie, en Wiehre.
La recette, le levain, la patience
Marianne suit scrupuleusement la recette française de la baguette de tradition : farine T65, eau, sel, levure de boulanger. Pas d'améliorant, pas d'additif. « C'est interdit même en France, mais on l'oublie parfois. »
Le pain de campagne, lui, est sur levain naturel, démarré il y a douze ans avec des raisins du Kaiserstuhl. « Mon levain est plus vieux que ma fille. »
« Les Allemands veulent du pain qui tient trois jours. Les Français veulent du pain pour aujourd'hui. Moi, je fais les deux. »
La clientèle
Ses habitués ? Mi-français, mi-allemands. « Les Français viennent le matin pour les viennoiseries. Les Allemands viennent l'après-midi pour le pain de campagne. Les enfants des deux nationalités se partagent les chocolatines — pardon, les pains au chocolat. »
Elle vend environ 400 baguettes par jour, plus 80 pains spéciaux, et 300 viennoiseries le samedi.
Les difficultés
« Les normes allemandes de santé-sécurité sont très strictes. J'ai appris à naviguer l'administration badoise. Ma farine vient de Molina, un moulin alsacien. Ça, c'était non négociable. »
La deuxième difficulté : trouver du personnel qui accepte de commencer à 4h. « J'ai trois apprentis, dont deux franco-allemands. »
Et l'avenir ?
Marianne envisage d'ouvrir une deuxième adresse près du Hauptbahnhof. « Pour les voyageurs qui veulent emporter du pain à Paris ou à Berlin. Oui, ça arrive souvent. »
À 7h, la file commence dans la rue. La boulangère sourit : « Le pain, c'est l'objet le plus diplomatique que je connaisse. »
À lire aussi
Claire, documentariste franco-allemande : filmer la frontière
Claire Hartmann, 34 ans, réalise des documentaires pour ARTE depuis Fribourg. Elle filme les gens du Rhin, leurs métiers, leurs silences. Portrait d'un regard patient.
Éric, sommelier au Kaiserstuhl : « Mon terroir est franco-allemand »
Éric Meier, 38 ans, sommelier dans un restaurant étoilé d'Oberbergen, a grandi en Alsace et fait carrière en Allemagne. Il raconte son métier, entre pinot noir volcanique et riesling alsacien.
Commentaires
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez le premier !